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Les nettoyeurs du web

Dans l’ombre du web et des réseaux sociaux, des hommes et des femmes voient ce que nous, simple internaute, ne voyons pas. On les appelle les modérateurs de contenus. « Supprimer, ignorer, supprimer, ignorer », 25 000 photos et vidéos sont traitées chaque jour par ces petites mains depuis Manille aux Philippines.

Anonymes et tenus au secret professionnel, ils sont des centaines à être employés par des multinationales sous-traitées par les plateformes comme Facebook ou Twitter. Ils sont chargés de décider du contenu que verront les 3 milliards de personnes connectées aux réseaux sociaux suivant leur caractère terroriste, violent, raciste ou portant atteinte à l’intégrité d’une personne. Ils sont donc en théorie chargés de « garantir la meilleure sécurité possible sur la plateforme ». Qu’en est-il de la réalité ?

A quel point doit-on protéger les utilisateurs ?

Ces sentinelles du web sont sous contrat strict et tenus de respecter la législation dictée dans chaque pays suivant les intérêts de chacun. L’actualité parle d’elle-même. Que ce soit l’élection de Donald Trump comme président des États-Unis ou encore le Brexit, ces deux évènements ont été influencés par les réseaux sociaux. Les règles de sélection du contenu ont donc changé. Marc Zuckerberg disait lors du lancement de Facebook que son but était « que chacun dans le monde puisse partager ce qu’il veut avec qui il veut. »

Loin de cet espace de démocratie participative et vivante, la Turquie est un des pays les plus restrictifs en terme de validation de contenu. Sans même rentrer dans un des caractères cités plus haut, un contenu peut être supprimé pour des raisons politiquement non correctes. Les plateformes reçoivent ainsi des pressions de la part de ces pays pour restreindre les données en ligne, en échange de quoi celles-ci conservent leur marché et leurs utilisateurs locaux.

Quel est le meilleur moyen d’engranger de l’audience ?

Provoquer l’indignation de l’utilisateur. Le formater pour lui montrer seulement ce qu’il a envie de voir et ce qui le fera réagir. « Penser qu’on peut changer le monde demande de l’optimiste » dixit Marc Zuckerberg … Aujourd’hui, ces plateformes ont un pouvoir de décision de plus en plus grand sur ce qui peut rester en ligne ou pas. Elles jouent sur la propension de ses internautes à aller vers ce qui est facile, impactant directement notre esprit critique et notre capacité à nous remettre en question. Dans les années à venir, l’information tend ainsi à s’appauvrir jusqu’à obtenir un contenu toujours plus lisse…

Ces nouveaux maîtres du Web, épuisés et exploités par leurs sous-traitants, bâtissent malgré eux des algorithmes au service de la colère. L’utilisateur doit ainsi impérativement conserver un regard critique et détaché sur le contenu que ces dirigeants veulent bien nous mettre à disposition. Au final, on peut se demander si ce n’est pas le modèle des grandes plateformes lui-même, devenu puissamment toxique, qu’il faudrait « supprimer ».

Sources : Reportage allemand « Les nettoyeurs du Web – The Cleaners » réalisé par Hans Block et Moritz Riesewieck en 2018.

 

Auteur : Marine Guillaneuf

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